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On ne naît pas femme
À travers des textes et des œuvres musicales Katrine Horn met en scène le célèbre aphorisme de Simone de Beauvoir :
« On ne naît pas femme, on le devient ». (Extraits vidéo)
Le rêve, l'humour et la poésie des textes trouvent toute leur place dans le spectacle en un va-et-vient entre l'auditif, le visuel et l'olfactif, entre le sensoriel et l'intellect. Chaque fragrance a été élaborée en fonction de l'archétype de femme représentée, et participe ainsi de la création d'un univers qui est certes féminin mais qui jette aussi des ponts entre l'individuel et l'universel, entre les femmes et les hommes.
La même diversité éclectique se retrouve dans les morceaux de harpe, où se côtoient des œuvres de femmes aussi différentes que Louise Charpentier, autodidacte en composition, faisant fi des conventions de toutes les époques, et Henriette Renié, pur produit du Conservatoire National Supérieur de Musique et une des premières femmes à y être admise en classe de composition. Par les costumes, par les ambiances lumineuses, par une musique qui passe d'une forme classique et désincarnée, comme Marguerite douloureuse au rouet d'Albert Zabel, à une expression plus concrète et narrative, telle la chanson Les amis de Monsieur de Harry Fragson et d'Eugène Héros, la condition de la femme reçoit des éclairages très divers.
C'est autour de la harpe qu'évolue le spectacle. La harpe, symbole de féminité, se dévoile et laisse ainsi entrevoir un univers féminin assumé, décliné en diverses nuances. La harpe, instrument expressif et imposant, crée un contrepoint qui joue avec les valeurs dites masculines. Les deux se rencontreront -ils?
Le spectacle
Le spectacle s'ouvre sur des airs de Chopin et le public fait la connaissance de Lavinia, jeune veuve créée par George Sand dans son roman éponyme. Lasse des manigances du monde et insoumise aux conventions, Lavinia refuse un prétendant. La scène se termine sur Hexentanz, Danse des sorcières, de Clara Schumann-Wieck, épouse du célèbre compositeur Robert Schumann. Il y aura plusieurs sorcières qui vont danser! Une autre femme évoquée est Marguerite, amoureuse de Faust dans Marguerite douloureuse au rouet, pièce pour harpe seule d'Albert Zabel. Elle attend patiemment son amant mais il a vendu son âme au diable!

Rien de tel pour Jane Eyre, héroïne de Charlotte Brontë, qui refuse de se soumettre à qui que ce soit. Femme révoltée, elle s'insurge contre les injustices faites aux femmes de son époque. Rhapsodie, pièce pour harpe seule, de Louise Charpentier, témoigne aussi d'une femme courageuse : harpiste de son état, sans aucune reconnaissance dans son milieu, elle part sur les routes parcourir la France en roulotte avec sa harpe. Autodidacte en composition, elle ne se refuse rien et compose entre autre Rhapsodie, morceau de bravoure et de fougue, avec peut-être plus de sentiment que de raison. Qui peut lui le reprocher ?

Puis arrive Nora, en train de quitter son mari Thorvald (interprété par Rachël Esmoris et Pierre Lavie et diffusé en bande son) dans une scène tirée d'Une maison de poupée de Henrik Ibsen, le tout mimé et mis en musique par un extrait de Madame Butterfly, opéra de Puccini. Une maison de poupée a longtemps été censurée car à sa première en 1896, il était impensable qu'une femme quitte non seulement son mari, ce qui était à la limite de l'acceptable, mais aussi ses enfants! Nora était une vraie sorcière et, à une autre époque, elle aurait été mise au ban de la société ou brûlée vive. Elle quitte son mari pour devenir femme, refusant ainsi de rester à la place de femme-enfant que Thorvald lui a destinée. La brillance de la Danse des Lutins, pièce pour harpe seule de Henriette Renié, vient interrompre la passion de Nora. Henriette était maîtresse de son art. Une des premières femmes à être admises en classe de composition au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, elle était une harpiste hors pair, douée en composition, mais qui a par moments "choisi" de s'occuper de sa mère malade au lieu de se consacrer entièrement à sa carrière. Elle a joué selon les règles du jeu, dans tous les sens du terme, et dans sa vie personnelle et dans l'art de la composition.

Enfin Simone, oui, Simone de Beauvoir, vient à notre aide mettre un peu d'ordre dans tout cela, grâce à un extrait d'entretien gracieusement mis à notre disposition par Radio Canada. Au revoir Simone, bonjour la frivolité! La bonne humeur, la joie et les jolis dessous de femme envahissent la scène. Moment de détente et de rire. Les rires persistent dans Les Amis de Monsieur, chanson à texte de Harry Fragson et d'Eugène Héros qui examine les relations de maître/maîtresse et qui prend des tournures bien surprenantes.

Fantasque, libre, insoumise aux conventions, Anaïs Nin nous a laissé ses journaux intimes où elle dévoile ou invente tout, oui, absolument tout !

Mein Herr, chanson de John Kander et de Fred Ebb souligne les propos d'Anaïs et nous propose une autre vision de femme libre. Moins libre est la femme qui succède à cette chanson et qui se fait emprisonner dans les fantasmes de mec, qui perd ses repères. Y a-t-il de l'espoir pour ces deux sexes? Les deux se rencontreront-ils ?

La chanson qui suit, La belle addition, due à Irénée Grulman, pourrait nous faire hésiter sur la réponse. Mais elle finit par nous l'apporter avec humour : c'est oui !